Clef de montre

Cuivre et doré et pierre d'onyx
h : 9,2 cm ; L : 5,1 cm

 


Fin 18e s.


Inv. n° 89.68.1

 

 


Salle 17

Avant l’invention du remontoir à main au milieu du 19e s., qui ne sera en usage que vers 1900, les mécanismes des montres étaient remontés au moyen d’une clef. Elle s’insérait généralement dans un trou percé sur la face du cadran et permettait également de régler l’heure.

Dans les milieux aristocratiques au 18e s., les montres sont des accessoires importants de la parure, tant masculine que féminine. Afin d’être mises en valeur sur le costume, elles étaient portées suspendues à la taille par une châtelaine. Ce bijou qui se fixe à la ceinture est constitué d’un crochet et de plaques articulées d’où pendent des chainettes auxquelles sont accrochées diverses pendeloques : clefs, ciseaux, montres et clefs de montre, cachets, fioles à parfum…

Le modèle présenté ici est très représentatif des clefs de montre d’hommes, souvent volumineuses, autant que la montre elle-même à laquelle elles étaient assorties. Délicatement ouvragé, orné d’une pierre fine taillée, cet accessoire-bijou devait être porté par son propriétaire, le comte François Cabarrus, bien visible sous les pans de son gilet.

 

 

Né en 1752 dans une famille de négociants bayonnais d’origine navarraise, le jeune François Cabarrus est envoyé parfaire sa formation commerciale et comptable en Espagne, à Saragosse, Valence puis Madrid, chez des marchands amis de ses parents. Esprit éclairé et doué en affaires, il obtient rapidement des succès professionnels qui lui ouvrent les portes des cercles du pouvoir madrilène. Aux débuts des années 1780, la couronne espagnole est à court d’argent ; Cabarrus présente au roi un projet audacieux qui permet de renflouer les caisses et aboutit à la création de la banque de Saint-Charles, ancêtre de la banque centrale espagnole, dont il est nommé directeur perpétuel. Homme d’affaires et homme des Lumières, son influence et ses idées libérales lui valent de nombreuses inimitiés. Tombé en disgrâce et emprisonné quelques mois au début des années 1790, il revient temporairement sur le devant de la scène grâce au roi Charles IV qui l’anoblit et tente de l’utiliser dans ses relations diplomatiques avec la France, François Cabarrus étant le père Theresa Cabarrus dite Madame Tallien. Mais l’ambassade est un échec ; s’ensuit une longue période d’éloignement des affaires de l’Etat. Deux ans avant sa mort, en 1808, il est nommé ministre des Finances du roi Joseph Bonaparte mais n’aura pas le temps de mettre en place le processus de modernisation de l’état espagnol auquel il a si longtemps travaillé.

Sur le portrait d’Esquivel d’après Goya présenté dans cette salle, le comte de Cabarrus apparait à sa table de travail, vêtu d’un élégant costume noir. Peut-être porte-t-il sous son habit, sa montre et sa clef dont la bélière formée de deux lions affrontés évoquent les armes de Bayonne, sa ville natale, avec laquelle il a gardé des liens financiers et familiaux tout au long de sa vie.