Mus Jokoa

Ramiro Arrue s’est attaché à représenter dans ses peintures le Pays Basque traditionnel et ses habitants. Il décrit de nombreuses scènes de vie, parmi elles les fêtes et les jeux pratiqués au Pays Basque, comme ces quatre hommes disputant une partie de mus, jeu de cartes traditionnel.

Le jeu

Il se joue avec un jeu de carte dit « espagnol » formé de 40 cartes. On distingue 4 familles (épées, bâtons, coupes, pièces), chacune composée de 10 cartes.

Généralement, deux équipes de deux joueurs s’affrontent. Chaque partie se joue en trois manches gagnantes, chaque manche se jouant en huit hamarreko. Un hamarreko correspond à cinq ttantto ou point. Pour gagner une manche il faut donc remporter 40 ttanttos. Le ttantto est matérialisé dans le jeu par un haricot sec, un petit caillou, etc...

La distribution des cartes est faite à tour de rôle par tous les joueurs. Celui assis à droite du distributeur est esku, il a la main, c’est lui qui parle en premier. Si une équipe décide que son jeu n’est pas assez bon, elle annonce mus. Chaque joueur peut alors abandonner tout ou partie des quatre cartes qui lui ont été distribuées pour en recevoir autant de nouvelles, en espérant ainsi favoriser son jeu. Le jeu commence véritablement lorsque l’une des équipes annonce mintza (parole). Les équipes commencent alors à parier sur quatre éléments dans chaque partie selon l’ordre suivant :

Le Grand : les plus fortes cartes sont les plus "grandes", c'est à dire que la plus forte est le Roi (n°12)
Le Petit : inversement au grand, la carte la plus forte est l'As (n°1), et la plus faible le Roi (12) ;
Les Paires : On joue sur les paires les plus fortes, le roi ayant la plus forte valeur et l'As la plus petite valeur. Il existe trois sortes de paires : les doubles (doblak) (deux paires ou quatre cartes identiques) qui sont plus fortes que les meds (mediak) (trois cartes identiques) qui sont plus fortes que les paires simples ;
Le Jeu : On joue sur la valeur des cartes. On a le "jeu" lorsque que le total des cartes est supérieur ou égal à 31, et on a le "faux-jeu" lorsque l'on a moins que 31.

Tout au long du jeu, les membres de l’équipe peuvent communiquer entre eux. Des signes permettent d’échanger sans être  vu par l’équipe adverse. Par exemple tirer la langue signifie que le joueur à deux rois, le clin d’œil indique qu’il a les 31 points du jeu.

« Dice el perdidoso "¡Ordago!", que hace temblar al ganancioso[i] ».

Lorsqu’un joueur lance un « hor dago » il parie sur un seul coup toute la partie. On ne tient alors plus compte du nombre de points atteints jusque-là. Ce pari intervient le plus souvent lorsque l’une des équipe est à quelques points de remporter la partie, c’est alors le seul moyen pour l’équipe en mauvaise posture de remporter la partie. Cela peut également être une technique d’intimidation de l’adversaire.

 

Photographie de cartes dites « de mus » conservées au Musée Basque. Inv. PH.84.30.35

Photographie de cartes dites « de mus » conservées au Musée Basque. Inv. PH.84.30.35

Les origines du jeu de mus

Il existe très peu d’informations sur l’origine du mus, jeu très populaire au Pays Basque. Il est mentionné pour la première fois dans le dictionnaire trilingue basque-espagnol-latin de Manuel de Larramendi en 1745.

En 1754 il le décrit dans son ouvrage Corografia de la muy noble y muy leal provincia de Guipuzcoa. Il se base sur l’observation et sur la mémoire orale. Il explique ce que serait l’origine de ce nom « por las muecas y señas que se hacen con los ojos y modos de mirarse, y sobre todo con los labios y hociquillo que sacan ; y es de donde se llamó mus este juego[i] ». Il viendrait donc du terme musu qui signifie bisou mais aussi lèvre et même visage ou museau selon les usages, faisant référence aux grimaces que se font les partenaires entre eux pour s’annoncer discrètement leur jeu.

Pour la plupart des auteurs tel R. Maria de Azcue ou Federico de Baraibar y Zumárraga, le mus serait originaire du Pays Basque. Hugo Schuchardt, linguiste et philologue allemand, spécialiste de la langue basque, quant à lui, découvre ce jeu en Autriche, que la mémoire collective fait remonter à une époque très ancienne. Il ajoute que son nom viendrait du français puisque les autrichiens l’appelle « mouche ». L’hypothèse de Schuchardt est qu’il s’agit d’un jeu pratiqué par les marins, que les basques auraient adopté lors de leurs pérégrinations maritimes.

S’il existe une incertitude sur l’origine géographique de ce jeu, il n’y a pas de doute sur son importance au Pays Basque, lieu privilégié de sa diffusion. Il est marqué par la langue basque au travers de nombreuses expressions qui viennent rythmer chaque partie au son des « hamarreko »,/nbsp] « ttanttos » et autres « hor dago » … Un dicton espagnol en atteste également : « un vasco, una boina ; dos vascos, un partido de pelota ; tres vascos, un orféon ; cuatro vascos, un desafio al mus[i] ».

Dès le XVIIIe siècle le jeu semble connaître des évolutions puisque Larramendi parle de « mus viejo » et « mus nuevo »  ou ancien et nouveau mus. Le mus ancien se joue avec huit rois et huit as alors que la version récente nécessité seulement quatre rois et quatre as. Dans certaines régions du Pays Basque, la version ancienne est encore la plus pratiquée. En Pays Basque nord et lors des Championnats du Monde de Mus c’est la version nouvelle qui est jouée.

Les championnats

Le premier championnat fut organisé en 1963 par l'Union Basque.

Aujourd’hui il existe un Championnat du Pays Basque, de France et même du monde.

Le premier championnat du monde a eu lieu en 1978 organisé par la Fédération Internationale de Mus des communautés basques. Une équipe par pays est sélectionnée, il s’agit de l’équipe ayant remporté le championnat national.

Le premier championnat du Pays Basque (Euskal Herriko mus txapelketa) rassemblant des participants des sept provinces a eu lieu pour la première fois en 2002.

[i] « Un basque, un béret, deux basques, une partie de pelote, trois basques, une chorale, quatre basques, un défi de mus ».
[i]« Par les grimaces et les signes qui se font avec les yeux et la façon de se regarder et surtout avec les lèvres et la moue qu’ils prennent; et c’est de là que ce jeu s’appelle « le mus ».
[i] « Celui qui perd dit « Ordago » faisant trembler celui qui gagne» Manuel de Larramendi, Corografia de la muy noble y muy leal provincia de Guipuzcoa, 1754.

 

La pratique aujourd’hui

Aujourd’hui chaque club sportif ou fête de village organise son tournoi de mus.

Ce jeu pendant longtemps essentiellement masculin, voit apparaître dans chaque tournoi de plus en plus d’équipes mixtes ou féminines.

Les équipes peuvent être de composition variée : deux vieux amis jouant ensemble depuis de longues années, mais aussi des pères initiant leurs fils ou fille, ou d’autres binômes familiaux habitués des tournois…

Il n’existe pas de championnats professionnels et si les tournois sont généralement très conviviaux, certaines équipes les prennent avec un grand sérieux. A chacun d’être vigilant et de compter minutieusement les points qu’il remporte et ceux que gagnent ses adversaires car même si cela reste un jeu, « des erreurs » de comptage sont souvent commises, le fautif les effectuant la plupart du temps au détriment des adversaires ; ce qui finalement fait presque partie du jeu.

Depuis quelques années il est même possible de jouer en ligne, favorisant ainsi la diffusion mondiale du mus au-delà des communautés basques.

Quelques expressions dans le jeu

Musean ari : jouer au jeu de mus

Mus gan ou mus-joan : signifie aller mus autrement dit demander de nouvelles cartes

Muslari : le joueur de mus

Muskari  : celui qui est « esku », qui a la main

Mus : le joueur estime que ses cartes ne sont pas assez bonnes, il demande à en avoir de nouvelles.

Mintza : le joueur lance la partie

Paso : le joueur ne lance pas de pari, et passe la parole au suivant

Imbido : le joueur parie 

Iduki : l’adversaire répond au pari lancé par «Imbido»

Tira : l’adversaire refuse le pari et propose à l’équipe adverse de « tirer » le point

Hordago : le joueur joue toute la partie sur un seul pari

 

 

Championnat de mus, 1968. Photographie. Inv. PH.68.5.4

Championnat de mus, 1968. Photographie. Inv. PH.68.5.4

 

Pour aller plus loin

Ouvrages

-          Manuel de Larramendi, Diccionario trilingue del castellano, bascuence y latin

-          Manuel de Larramendi, Corografia de la muy noble y muy leal provincia de Guipuzcoa

-          Pierre Harignordoquy, « Mus Jokoa » dans Gure Herria 1938, p.26-37

-          Union Basque, Le mus – règlement

-          “Mus”, Enciclopedia general ilustrada del Pais Vasco, editorial Auñamendi, 1991

 

Ressources internet

-          Article « Mus », Auñamendi Eusko Entziklopedia : http://www.euskomedia.org/aunamendi/83434

-          Fédération française de mus : www.federation-mus.fr