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Itinéraires séfarades dans la région de Bayonne
Exposition du 29 août au 15 octobre 2006


Ketoubbah acte de mariage, Bayonne 1750

L'exil
Après la conquête de Grenade et la fin de la domination musulmane en janvier 1492, les rois d'Espagne Isabelle et Ferdinand décrètent le 31 mars de la même année, l'expulsion des Juifs mettant brutalement fin à une présence juive plus que millénaire. L'édit vise les conversos ou " nouveaux chrétiens ", Juifs convertis de force au catholicisme ou descendants de convertis, marranes suspects de judaïser en secret.

Cette expulsion intervient au terme d'un processus de marginalisation amorcé une décennie plus tôt par l'Inquisition qui a jugé 13 000 " nouveaux chrétiens " et condamné plus d'un millier au bûcher. Les exilés sépharades (mot hébreu signifiant aujourd'hui " espagnol ") s'embarquent pour l'Afrique du Nord, l'Italie…
La majorité d'entre eux choisit le Portugal d'où ils sont expulsés dès 1496 comme ils le seront du royaume de Navarre en 1498. Cette émigration provoque un vaste transfert culturel et démographique rendant profondément hispanique le monde juif méditerranéen.
C'est sous la fiction de " marchands portugais " que l'installation de ces exilés en France est acceptée par le roi Henri II en 1550. Son successeur Henri III promulgue en 1574, au plus fort des guerres de religion, deux ordonnances protégeant les Juifs de Bordeaux :
" Espagnols et Portugais habitant Bordeaux, qui ont apporté commerce, trafic et commodité, et payé tous subsides et impositions comme les autres, en considération de quoi feu notre très honoré seigneur et père, par ses lettres patentes de 1550, les avait naturalisés ".
Rappelons que la mère de Michel de Montaigne, Antoinette Lopès, était Juive.
Ailleurs que dans le Sud-Ouest, la situation des marranes n'est pas sûre : pour beaucoup la France n'est qu'une étape vers Amsterdam et Londres.

Renaissance religieuse
La république des Provinces-Unies est la première en Europe à reconnaître la liberté religieuse.
Dès 1595, Amsterdam permet la libre renaissance d'une religion honnie dans le reste de l'Europe chrétienne. Les marranes quittent la clandestinité et renouent avec la religion de leurs pères.
La première pierre de la synagogue portugaise d'Amsterdam est posée en 1671 par David van Isaac da Pinto.
En France, un arrêt du Conseil de Louis XIV en 1684 reconnaît pour la première fois la qualité de Juif à des Portugais expulsés de Guyenne.
A la fin du XVIIe siècle, les marranes de la région de Bayonne (Saint-Esprit, Peyrehorade, Bidache, Labastide-Clairence) judaïsent ouvertement, possèdent leurs propres cimetières, aménagent des synagogues privées dans leurs maisons ; les rabbins Samuel Atias et Jacob Silva tiennent des registres de circoncision au XVIIIe siècle.
Jusqu'à la loi d'émancipation des Juifs de France du 13 novembre 1791, les " nations " juives locales se gouvernent dans la limite des privilèges accordés par le roi.
Les Juifs de Bayonne sont en lien constant avec Amsterdam, la " Jérusalem de Hollande ", foyer de l'imprimerie hébraïque qui envoie ses publications religieuses dans les communautés soeurs. Les rabbins de Hollande sont consultés depuis Bayonne.
Le nom de la communauté de Bayonne est " Nefousoth Yehuda ", les Dispersés de Juda.

Commerce international et alliances
Les négociants juifs participent activement à l'essor économique d'Amsterdam et sont à l'origine de la fondation de la Compagnie des Indes et du grand commerce avec les principaux centres d'échanges européens :
Bayonne, Nantes, La Rochelle, Hambourg, Londres, le monde méditerranéen et les marchés coloniaux.
L'un des plus importants négociants de Bayonne, Isaac Nunès Tavarez (1690 - 1770), dont la famille vient de Castille et s'installe à Saint-Esprit au début du XVIIe siècle, établit deux de ses fils à Amsterdam et un troisième en Angleterre.
Le quatrième fils resté sur place fait partie du comité qui administre la commune de Saint-Esprit en 1793.
Des familles sépharades émigrées à Bordeaux ou ailleurs en Europe se fixent à Bayonne au XIXe siècle à l'occasion de mariages.
Abraham Furtado, conseiller municipal de Bordeaux en 1789, président du Sanhédrin, première assemblée des Juifs convoquée par Napoléon 1er, a un frère qui s'installe à Bayonne. Son neveu, Auguste Furtado (1797 - 1883) est président du Consistoire en 1840, maire de Bayonne en 1850 et 1871.

Les Dalmeyda ou Almeïda
Originaire de Galice, Isaac d'Almeïda est arrêté avec son oncle Abraham Nunes Bernal en 1650 à Ecija en Andalousie. Celui-ci périt sur le bûcher la même année lors d'un autodafé organisé à Cordoue. Isaac, âgé de 17 ans, est enfermé dans les prisons de l'Inquisition à Valladolid et déclare qu'il est Juif et qu'il mourra pour la " sanctification du Nom Divin ". L'archevêque de Palencia essaie de le convertir au catholicisme et devant son refus le fait transférer dans les prisons du Saint-Office, à Saint-Jacques-de-Compostelle, où il restera enfermé cinq ans. Malgré la torture, le jeune Isaac reste inflexible. Il est alors brûlé vif, en chantant les psaumes de David, lors de l'autodafé de 1655.
(Source : " Elogios que zelosos dedicaron a la felice memoria de Abraham Nunes Bernal que fue quemado vivo sanctificando en Córdoba el 3 de mayo 5410 [1650] y de su sobrino Isaac Almeïda quemado en Compostela en 5415 [1655] ", discours prononcé en 1680 par le Ha Ham Jacob Abendana de la Communauté Juive Portugaise d'Amsterdam en souvenir des martyrs).
Pedro Isaac de Almeïda, détenu depuis le 10 janvier 1649 sur un navire au large de Pernambouc, comparait le 10 juin 1650 à son procès devant l'Inquisition à Paraíba au nord-est du Brésil.
Un siècle plus tard, d'autres d'Almeïda exilés ont fait fortune dans les pays protestants et reçoivent une consécration sociale lorsque Wolfgang Amadeus Mozart se produit en concert à Londres chez Joseph d'Almeïda (1765).
Fils d'Abraham Nunes Almeïda dit Velasco (Espagne 1710 - Saint-Domingue 1793), David (1742) et Jacob (1752) s'associent le 10 décembre 1778 à Amsterdam pour créer la compagnie et maison de négoce Dalmeyda Frères qui commerce avec les Antilles.
Les mariages sont endogames : trois générations d'enfants Dalmeyda nés dans les îles néerlandaises ou danoises épousent à Bordeaux et Bayonne des parentes qui ont nom Dalmeyda, Abendanone, Avidgor, Fonsèque, Gommes, Léon, Mendes ou Suares.


Du 29 août 2006 au 15 octobre 2006
Musée Basque / Maison Dagourette 37 Quai des Corsaires
POUR EN SAVOIR PLUS > infos : 05 59 46 61 85

 
Armoriale israélite Bayonne Synagogue SACEDO
Armoriale israélite Bayonne Synagogue SACEDO




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