Jesús Echevarria
Exposition du 22 juillet au 10 septembre 2006
Une jeunesse combattante Né le 1er janvier 1916 à Barambio,
province d'Alava, Jesús Echevarria est happé dès ses vingt ans
par la guerre civile d'Espagne qui le voit combattre dans le
bataillon basque Alava aux côtés des républicains.
Capturé en 1937 à Santoña, il est incarcéré dans les geôles
franquistes. Condamné à mort, sa peine est commuée en 1941 à
huit ans de prison. Transféré dans un bataillon disciplinaire,
il participe, entre autres travaux forcés, à la reconstruction
de l'Alcazar de Tolède.
Libéré en août 1944, il s'exile en France, à Cambo où il épouse
bientôt Marie-Hélène Castigar qui sera sa muse.
Une formation autodidacte
Fils et petit-fils de tailleurs de pierre, Jesús effectue à
son tour un stage chez un tailleur de pierre à Caudéran. Il
suit sa femme, professeur d'espagnol, au gré de ses nominations
: à Oloron (1952), Montpellier (1953), à Périgueux depuis 1954,
et définitivement à Cambo à partir de 1964. Les années de souffrance
en Espagne, les pérégrinations dans le Sud-Ouest de la France,
où il compare l'art roman continental avec celui de son enfance,
l'ont aidé à développer l'acuité du regard et à se doter d'un
optimisme indéracinable qui lui permet d'aborder avec humour
les thèmes les plus tragiques. Sa sensibilité musicale est formée
dès sa prime jeunesse au contact de son oncle José Uruñela,
compositeur et pianiste de talent, ami de Ravel, qui passe ses
étés dans la maison familiale des Echevarria. L'imagination
nourrie d'impressions plastiques et de mélodies, Jesús fait
naître sous le ciseau des formes imprévues dans le bois et dans
la pierre. L'inspiration est parfois classique, égyptienne (il
s'enthousiasme pour l'art égyptien lors d'un passage au Louvre)
mais plus souvent elle exprime un lyrisme original qui n'appartient
qu'à lui et qui défie les lois de la pesanteur.
Un souci de discrétion
La renommée de Jesús Echevarria dépasse rapidement le cercle
de Cambo. André Maurois lui décerne le Prix de la Critique d'Art
en 1966. Philippe Comte, conservateur du Musée des Beaux-Arts
de Pau où il l'expose, obtient que son oeuvre représente le
Sud-Ouest lors d'une grande manifestation organisée au Centre
Pompidou en 1979. Toujours modeste, Echevarria fuit les journalistes
et les mondanités. Il réalise de nombreuses commandes publiques
mais préfère travailler sans relâche dans son atelier, cherchant
la lumière au cœur de la matière, faisant jaillir la forme la
plus pure ou la plus brute, avec tendresse, humour et sensibilité.
Jesús Echevarria n'appartient à aucun mouvement. Il croise le
grand sculpteur guipuzcoan Jorge Oteiza (Orio 1908 - Saint-Sébastien
2003) qui l'incite à faire partie du groupe Orain, " maintenant
", réunissant les artistes d'Alava, sa province natale. A ce
titre, il participe au printemps 2005 à la grande exposition
rétrospective du groupe (Orain Taldea 5+1) à Vitoria-Gasteiz.
" Une tête taillée à coups de serpe, burinée par le soleil
et les prisons franquistes, l'œil vif et rêveur à la fois, puis
cette démarche à la fois gauche et assurée, errante et orientée,
une démarche de débardeur du rêve en somme " Philippe Comte
Son oeuvre :
" Je suis Basque, mais j'aime beaucoup l'immensité
de la lumière de Castille "
Jesús Echevarria La critique classe Echevarria
comme un artiste tantôt ibérique, tantôt basque, en fonction
du sujet mais aussi du traitement sculptural et pictural de
l'œuvre. Sont exposés au Musée Basque, une quarantaine de sculptures
taillées dans le chêne, avec trois grands cycles dont seul le
premier est d'inspiration castillane :
1. La canción del mío Cid :
Les onze sculptures qui composent cette
série de 1970 ont été polychromées par Marie-Hélène Castigar.
Cette mise en couleur de la statuaire est très espagnole dans
son principe. Cependant Echeverria choisit le paradoxe : Castillan,
il aurait célébré la geste, l'épopée, la gloire, la puissance.
Basque, il chante l'exil, l'injustice des sentences mais aussi
la fidélité à un idéal, la constance de l'amitié, la force de
l'amour.
2. Le Sacre du Printemps :
Les pièces du Sacre sont nées de l'écoute
de la musique d'Igor Stravinsky. Jesús Echevarria traduit le
rythme syncopé du compositeur par une liaison en double cercle
des dix sculptures de bois noirci qui dansent entre elles. Il
transpose le mythe russe en terre basque : la magie naît de
la juxtaposition des symboles de l'art basque, le cercle, le
carré, la virgule, la lune, le soleil…
3. La Genèse :
Les treize pièces de La Genèse sont nées
d'une longue maturation : sculptées de 1965 à 1986, elles matérialisent
le rêve de l'artiste qui entend donner forme à l'informe. Huit
d'entre elles privilégient le rendu brut du bois après le passage
du ciseau ou de la gouge sur de très grands troncs de chêne.
La puissance des éléments est suggérée par les courbes ascendantes
du Typhon. De ce cycle, se détache l'ensemble des Luminaires
(soleil, lune, étoile), daté de 1965 à 1969, où la densité du
bois laisse passer la lumière par des séries de fentes.
D'autres séries réalisent une œuvre très
sensuelle faite de courbes, de flammes, de fleurs et d'élans.
A partir du 22 juillet 2006
Entrée gratuite, rez-de-chaussée du Musée
Musée Basque / Maison Dagourette 37 Quai des Corsaires
POUR EN SAVOIR PLUS > infos : 05 59 46 61 85