Le Pays
basque de Pierre-Albert Bégaud
Exposition du 6 octobre au 31 décembre 2006
Pierre-Albert Bégaud arrive au Pays basque dans les années où
la mode régionaliste est au plus haut. Plutôt que d'habiter sur
la côte, il choisit un logement rustique dans le premier village
de Basse-Navarre accessible par chemin de fer depuis Bayonne.
La Basse-Navarre
En compagnie du graveur
Robert Cami (Bordeaux 1900 - Paris1975), Bégaud découvre, à l'été
1930, le charme de Bidarray et loge à l'auberge Barberaenea. Plus
tard, il louera la maison Ilharrabixkarrea (" bruyère sur la hauteur
"). Au départ du village, les sentiers de montagne offrent à l'artiste
de multiples points de vue pour peindre avec liberté et fougue
des paysages de montagne et de vallée, clairsemés de fermes blanches
robustes où vaquent quelques animaux et des silhouettes humaines
raréfiées. Il pose son chevalet encore plus loin, en remontant
la Nive, vers Ossès, Saint-Martin-d'Arossa, Saint-Etienne-de-Baigorry
et Saint-Jean-Pied-de-Port.
Un paysagiste de caractère
Au contact de la montagne basque, le
classique Bégaud laisse courir son pinceau avec spontanéité en
utilisant davantage de matière. Une joie et une sensualité nouvelles
s'expriment par une pâte plus épaisse, une touche plus vive, des
contours mieux marqués. La palette est forte, les couleurs sont
franches. La gaieté des premiers bourgeons et de l'arbre en fleur
éclate dans sa vue des prémices du printemps au village de Baigorry.
L'odeur chaude de l'été est sentie dans les masses compactes et
jaunes des meules de foin qui jouxtent les hauts murs des fermes.
Le ciel changeant modifie la teinte des champs, le découpage des
cimes, la brutalité des rochers. Les prairies basques sont vertes,
bien sûr, mais d'un vert composé de nombreuses nuances mâtinées
d'arc-en-ciel. Les champs et les terres labourées tournent à l'ocre
par grosse chaleur, au rose et au mauve crépusculaire en fin de
journée, au bleu, au noir et au gris par temps d'orage et de pluie.
Des arbres et quelques vignes ponctuent le paysage avec discrétion
: les peupliers et les platanes dans la vallée, le long des rivières
et des routes, les chênes décharnés et les châtaigniers au bord
des champs sur la hauteur et à l'approche des fermes. Bégaud dispose
les formes et les couleurs dans les lointains en fonction des
valeurs chromatiques, mais souligne fortement les contours d'architecture
et s'attache à donner une forte présence aux détails (bord de
chemin, branches d'un arbre). Il donne du volume et de la chair
aux animaux : le bœuf, l'âne ou le cochon sont bien vivants. Pierre-Albert
Bégaud apparaît comme un dessinateur fougueux, n'hésitant pas
à heurter les couleurs. Ses immenses ciels d'orage très fouillés
donnent le vertige.
La pelote basque
Le joueur de pelote basque Jean Argain est figuré en archétype du pelotari. Coiffé d'un béret, il tient de la main droite la balle symbolique. La musculature des bras et la puissance des mains (le menton est appuyé sur la gauche) disent la force et l'agilité de ce sport. L'inscription en euskara traduit l'intérêt du peintre pour la langue basque qu'il apprend alors. Disposé comme une épigraphie lapidaire, ce texte peint magnifie le champion de pelote.
Le village de Bidarray, souvent peint en vue panoramique, est parfois décliné en allégorie festive. La toile du Musée Basque, peinte vers 1934, mêle un paysage de montagne exact et une disposition aléatoire des deux principaux symboles du village : l'église et le fronton. Ici, le fronton est à sa place par rapport aux montagnes, mais l'église a déménagé et changé de sens ! Renvoyée au Nord-Ouest, vers l'Artzamendi, elle offre son chevet roman à la vue des spectateurs de la partie de pelote basque, ce qui est impensable dans la réalité ! Le sujet du tableau est la passion des Basques pour le jeu de pelote. Le bouvier regarde la partie du haut de sa charrette. Les bœufs qui la tirent ont servi de motif à un autre tableau. Un vieux paysan portant béret, veste traditionnelle (xamara) et foulard autour du cou, s'appuie sur son bâton, les hommes commentent les points, regroupés autour du muret. Une femme montée en amazone sur son âne parait étrangère au spectacle. Les teintes roses et mauves de la montagne et des ombres donnent un ton de fin d'après-midi.
La nature morte au chistera, au béret, au foulard et au verre de vin, symbolise le sport basque. Détente après l'effort, le gant d'osier est jeté négligemment sur le foulard froissé. Le tour de tête du béret posé à l'envers transpire la sueur. Le vin rouge d'un verre à moitié vide a été bu déjà plusieurs fois. Ainsi Bégaud rend hommage à ses hôtes de Barberaenea qui ont su le désaltérer au retour des découvertes renouvelées d'un pays devenu sien.
Du 6 octobre au 31 décembre 2006
Gratuit, en accès libre au rez-de-chaussée
Musée Basque / Maison Dagourette 37 Quai des Corsaires
POUR EN SAVOIR PLUS > infos : 05 59 46 61 85