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Sanctuaire, lieu de mémoire, espace sacré, source d'émerveillement, support de nostalgie, outil de connaissance et d'apprentissage... le musée de société est tout ça à la fois et bien plus encore. Il est l'endroit où les hommes déposent des objets qu'ils veulent transmettre à ceux qui les suivront. Des objets qu'ils considèrent comme essentiels pour comprendre un territoire et une population. Choses du quotidien, outils, œuvres d'art, témoignages historiques ou autre, leur assemblage au musée recompose un monde en réduction dans son infinie diversité.
Sortis de leur contexte, ces objets ont perdu leur usage initial. Le bol ne sert plus à recueillir le lait, le bénitier n'a plus de fonction religieuse, le meuble n'abrite plus aucun linge. Leur sens s'est transformé. Devenus les vestiges de pratiques, d'usages et de savoir-faire anciens, ils revêtent également au musée diverses fonctions d'ordre symbolique qui vont bien au-delà du témoignage ethnographique qu'ils sont censés produire.
La perception de ces sens rajoutés, qui sont autant de formes d'appropriation possible de l'objet, parfois cachés ou sous-entendus, dépend des conditions d'exposition au musée (mise en scène, discours d'accompagnement, etc.) et de la personnalité et des attentes de celui qui regarde l'objet. L'outil peut être admiré comme œuvre d'art, le tableau analysé comme document, le document se muer en relique, l'objet sacré devenir insolite et l'étrange passer pour un lieu commun, dans un mouvement ininterrompu de transformation du sens qui suit les respirations et les mutations de la société contemporaine.
C'est cette richesse infinie de l'objet de musée que l'exposition " L'objet dans tous ses états ! " tente d'explorer à partir de 15 ensembles de pièces de toute nature, issues des réserves du musée. Dans un parcours qui tient à la fois du cabinet de curiosité, condensé métaphorique des merveilles et des mystères du monde, et de la boîte à souvenirs d'enfant, concentré d'émotions et de souvenirs personnels, l'exposition s'efforce de répondre à la question que chacun peut se poser en entrant au musée : quelle peut être la place de ces objets dans le monde d'aujourd'hui ?
Un jeu de piste à travers la collection, sa diversité et ses fondements idéologiques
Associée aux textes, la scénographie joue sur les sens multiples de l'objet pour surprendre le visiteur, proposer des regards décalés, l'amener à s'interroger sur ce qui peut sembler aller de soi dans un musée et suggérer de nouvelles pistes de réflexion. L'exposition propose ainsi plusieurs niveaux de lecture, joue sur plusieurs tableaux, celui de la découverte ludique d'une série d'objets insolites ou inhabituels (quels sont-ils ? à quoi servent-ils ?) et celui d'un parcours au cœur des fondements idéologiques d'un musée de société (pourquoi conserver des objets usuels ? Que signifie ce désir de conservation ? Quelles sont ses limites ?).
Ces deux approches se répondent et dialoguent dans chacune des 15 cellules qui composent l'exposition, volontairement proposées dans un ordre aléatoire afin de laisser à chacun la liberté de recomposer son propre parcours, sa propre analyse à travers cette réflexion globale sur l'objet de musée :
1 - Bestiaire (éloge du relatif)
A travers une série d'objets divers, au décor animalier, est abordée la question : qu'est-ce qu'une collection, quel sens peut-elle avoir, chacun peut-il la comprendre de la même manière ?
2 - Conserver et restaurer (lutter contre l'inexorable)
Présentation de la restauration récente d'une peinture sur verre qui évoque la complexité et la difficulté quotidienne qu'implique cette mission première de tout musée : conserver pour l'éternité.
3 - Documenter (pour comprendre et pour transmettre)
Un mystérieux pendu en plâtre flottant dans le noir montre que tout objet qui n'a pas été étudié, reste un objet muet, inconnu. L'étude seule permet à l'objet collecté de se transformer en source de connaissance.
4 - Montrer (la forme du discours)
Deux objets identiques présentés dans deux scénographies totalement différentes montrent l'impact de la mise en scène dans la réception de l'objet. Aucune scénographie n'est neutre, même la plus épurée.
5 - Ready-made ? (désignations fluctuantes)
A l'image de Marcel Duchamp désignant un urinoir comme œuvre d'art, un même objet de musée ne peut-il pas être vu différemment en fonction des individus ou des époques (document, œuvre d'art, relique, etc.) ?
6 - Romantisme (l'art témoin d'une vision)
Un tableau peut-il être un document ethnographique ? Un paysage peint, tout en transmettant une certaine image du pays, véhicule une vision poétique qui témoigne autant de l'artiste que de son époque.
7 - Fétiche (du fonctionnel à l'identitaire)
Une main en plâtre de pelotari : est-ce un document ? un fétiche ? un support identitaire ? Tout dépend de la manière de le présenter, du discours qui l'accompagne. Comment doit se positionner le musée de société sur les questions d'identité ?
8 - Altérité (être ou ne pas être dans les collections)
Quelle est la limite de la collecte ? Quel peut être aujourd'hui, au Musée Basque, le sens de ces pièces exotiques ramenées par un médecin bayonnais au cours d'une exploration en Afrique en 1893 ?
9 - Relique (la forme du souvenir)
Un fusil Lebel rouillé, dont la crosse a disparu. Pourquoi le conserver ? S'agit-il d'un objet comme les autres ? Que lui apportent ces stigmates ? Ne s'agit-il pas de la véritable relique d'un Bayonnais mort pendant la Grande Guerre ?
10 - Objet-témoin ? (les choses et les faits sociaux)
A quoi sert un objet de musée ? Est-il seulement un " témoin ", un support scientifique ? Comment montrer la diversité d'une société à travers des objets ? L'objet de musée n'est-il pas aussi, entres autres, un support de rêverie ?
11 - Au-delà de l'objet (le désir d'exhaustivité, avec ou sans objets)
La volonté d'aborder tous les sujets a parfois conduit les conservateurs à fabriquer des objets lorsqu'ils n'en disposaient pas sur un thème précis, comme dans le cas de l'aventure des Basques à travers le monde pour lequel toute une salle a été réalisée par l'artiste André Trébuchet.
12 - Vrai ou faux ? (l'authenticité et le mythe d'une pureté idéale)
Des jambons au musée ? A moins qu'il ne s'agisse de faux jambons ? Pourtant ils portent un véritable numéro d'inventaire. Ce sont donc de vrais objets de musée, mais ils sont faux. Que signifie ce paradoxe ?
13 - Ville ou campagne (l'humble et le glorieux)
Un vélocipède de 1865. En quoi témoigne-t-il de la société traditionnelle que le musée devait sauver ? N'est-il pas plutôt associé aux élites urbaines ? Il illustre le partage de la collection entre ville et campagne.
14 - Le temps suspendu (du quotidien à l'éternité)
Une essoreuse à linge de 1900. Est-ce un objet traditionnel ? Ne marque-t-elle pas davantage l'arrivée du progrès. Un objet peut-il être jugé traditionnel tout en portant des signes d'évolution technique ? Les objets du musée ont-ils une dimension historique ou ne renvoient-ils pas plutôt à un temps ancien indéfini ?
15 - Le temps retrouvé ? (l'objet signifiant et le monde moderne)
Cette horloge universelle mise au point par un horloger de Mauléon n'a rien à voir avec les témoignages des modes de vie à la campagne. Pour quelles raisons a-t-elle été collectée ? Peut-on imaginer en 2009, comme en 1924, faire entrer au musée des objets d'aujourd'hui ?
L'exposition se termine par un mur d'expression et un livre d'or sur lesquels chaque visiteur est invité à proposer ses propres réponses, à marquer ses interrogations, à expliquer son regard sur ses objets, ou plus simplement à donner son avis !
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