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Faïences de Samadet 1732 - 1831
Collection d'un amateur bayonnais
Exposition de juin 2008 à novembre 2009


Plat aux chinois

À la fin du XVIIIe siècle, les faïences de Samadet, dans les Landes, étaient achetées dans tout le bassin de l'Adour et Bayonne était leur port d'expédition.
Grâce à la générosité d'un collectionneur bayonnais, les visiteurs du Musée Basque et de l'Histoire de Bayonne peuvent admirer près de 200 pièces exceptionnelles.

Décor aux Chinois et aux grotesques (1776 – 1784)
Les faïences de Samadet sacrifient à la mode des décors chinois en les associant cependant aux motifs fleuris classiques ou à des références occidentales, voire locales.
Plat ovale - Décor de grand feu polychrome

Ecritoire Victor Darricau

Ecritoire
Décor de grand feu polychrome
H. 9 cm. P. 27 cm. L. 24 cm.
Cette pièce porte l'inscription :
" VICTOR DARRICAU / A Samadet 1829 ",
du nom du dernier peintre de
la Manufacture.

Histoire de la Manufacture royale de Samadet

Dans le deuxième quart du XVIIIe siècle, Charles Maurice du Bouzet (1660 - 1752), marquis de Roquépine, abbé commanditaire de Saint-Nicolas d'Angers et de la Haye-Montbazon, baron de Samadet, envisage d'installer en Chalosse une fabrique de faïence. Il est à noter que " le métier de faïencier est un état noble comme celui de verrier ; les anciennes familles pouvaient l'embrasser sans déroger ".

L'argile de Samadet est propice à la composition de la pâte, l'eau est abondante et les bois alentour peuvent alimenter les fours. Celui qu'on appelle l'abbé de Roquépine dispose de moyens financiers et de relations bien placées. Il débauche de la manufacture de Hustin à Bordeaux un commis, originaire de Basse-Normandie, Daniel Le Patissier, et le charge de réaliser son projet. Parmi les arguments avancés pour obtenir l'autorisation royale, Roquépine cite le moindre coût de la main-d'œuvre, la facilité de transport des pièces par l'Adour depuis Saint-Sever jusqu'à Bayonne où elles rejoindraient le marché espagnol et les Iles françaises d'Amérique…

Le 25 mars 1732, le Conseil d'Etat accorde un privilège pour ouvrir une Manufacture royale de faïence à Samadet. Le privilège est reconduit en 1752, année du décès de l'abbé, et profite à son héritier Louis d'Astorg. Après l'assassinat de Daniel Le Patissier en 1758, la manufacture est dirigée par son neveu Simon Vauloger, et par son associé Jean Darbins qui restera seul à la tête de la faïencerie à la mort de Vauloger en 1764. Arrivé en 1767, Jacques Leclerc succède à Darbins et dirige la manufacture de 1768 à 1775. Présent dès 1773, Michel Dubroca en est le directeur de 1775 à 1790. La baronnie et la faïencerie sont vendues en 1784 à Jean Dyzèz (Bayonne, 1740 - Paris, 1830), baron d'Ysès et de Brassempouy, conseiller au parlement de Navarre, puis fait comte d'Arène par Napoléon 1er. A la mort de Dyzèz, la fabrique, dont le bail est renouvelé cette même année 1830 en faveur d'Antoine Darricau, est à son déclin. Toute production s'arrête bientôt.

Les débuts

Dans un premier temps, la faïencerie fonctionne avec un personnel qualifié provenant d'autres manufactures, Bordeaux et surtout Rouen. Par la suite, directeurs et ouvriers sont recrutés localement après avoir été formés par ces spécialistes. Le décor des faïences s'inspire souvent des motifs et couleurs en vogue dans d'autres régions, Rouen bien sûr mais aussi Moustiers-Sainte-Marie.

Pierre Chapelle est l'un des meilleurs peintres de Rouen. Il œuvre ensuite, en 1730 - 1731, à Bordeaux à la faïencerie Hustin, avant d'arriver à Samadet en 1732 à l'instigation de son directeur Le Pâtissier. Après le décès de son épouse Anne Chicard, le 17 septembre 1733 à Samadet, l'artiste regagne Rouen.

Les créations de Samadet restent souvent anonymes car les grands peintres en faïence ne font que passer à la faïencerie et signent leurs œuvres lorsqu'ils rejoignent d'autres manufactures. On impute au directeur Daniel Le Patissier une politique essentiellement économique. Il veut freiner toute ambition personnelle en ne payant pas les artistes en fonction de leur talent. Il leur refuse toute reconnaissance en ne leur permettant pas d'apposer leur signature. Il profite de leur passage pour les obliger à former des apprentis locaux qui réaliseront des œuvres impersonnelles. Il espère que ces apprentis prendront le relais des peintres de talent pour un salaire modique.

Protection familiale

Plat CHAUVELIN
Plat octogonal aux armoiries
de Chauvelin
Décor de grand feu en camaïeu bleu

La grand-mère de l'abbé de Roquépine est née Le Tellier, soeur du ministre Louvois. François Le Tellier, marquis de Louvois, avait épousé Mlle Claude Chauvelin. Leur neveu, Germain Louis de Chauvelin-Crisenoy (1685-1762) est ministre de Louis XV, chancelier garde des sceaux et secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères (1727), conseiller du roi et avocat général au parlement, bientôt marquis de Grosbois (1734). A Versailles, le 25 mars 1732, Chauvelin satisfait à la requête de son parent l'abbé de Roquépine et signe, avec le chancelier d'Aguesseau et le contrôleur des finances Philibert Orry, l'accord d'ouverture de la faïencerie de Samadet, avec privilège de manufacture royale. A Fontainebleau, le 15 octobre 1735, Chauvelin écrit encore à l'abbé pour le conseiller dans son différent avec les habitants de Samadet. Louis Sentex écrit, en 1903, à propos de ce " plat hexagonal, lourd et massif, à émail très terne, décoré dans le genre de Moustiers " qu'il possède alors : " C'est certainement pour remercier le chancelier de son intervention que l'abbé fit fabriquer tout ce service aux armes des Chauvelin-Crisenoy ".

Assiette de mariage Quibel 1750
Assiette à inscription patronymique :
" Marguerite Anne Quibel " ;
verso " A Samadet 1750 "
Décor de grand feu en camaïeu bleu

Succès du camaïeu bleu

La faïencerie de Samadet était florissante dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et jouissait d'un grand renom ; ses magasins étaient établis principalement à Bayonne, Dax et Aire. A Bayonne, la vaisselle de céramique remplace l'étain dans le second tiers du XVIIIe siècle. Les bourgeois privilégient la faïence de Rouen et de Delft... Samadet permet de satisfaire ce goût à un moindre prix. Les décors rouennais aux lambrequins, à la fleur de chardon, aux dentelles moustériennes naissent à Samadet sous la direction de Le Patissier et sont poursuivis à l'époque de Jean Darbins avec une grande qualité : fleur de chardon et lambrequins très fins, œillet, décor au sainfoin, seul ou agrémenté du décor à la pagode et de grotesques aux oiseaux.

Assiette marquise
Assiette à décor de marquis
Décor de grand feu en camaïeu vert

Camaïeu vert (1760 - 1790)

Jean Darbins est à l'origine des camaïeux verts à la palombe. Claude Joseph Lefébure est le peintre de cette époque. La réédition en 1765 des gravures à thème extrême-oriental de l'ornemaniste Jean Pillement entraîne une relance des décors chinois. Les thèmes décorant les camaïeux vert olive sur fond blanc mettent en scène des chinois, des grotesques, des oiseaux, des roses et divers personnages. Les sujets sont contournés en manganèse et exécutés au poncif, permettant leur reproduction en camaïeu vert mais aussi en polychromie. De 1767 à 1775, sous la direction de Jacques Leclerc, la production des bleus continue, les verts s'améliorent pour atteindre la finesse du service de la collection P. de Laffite (Musée Pyrénéen, Lourdes) dont chaque plat porte un décor différent.

Le décor est identique à celui des pièces du service de la collection P. de Laffite. La quittance de ce service, d'une valeur de 267 livres, est délivrée à l'acquéreur par Dubroca, le 11 décembre 1775, et comprend 120 assiettes, 50 plats, avec fontaine et présentoir, huilier au cavalier, salières à figures. Le décor de ces deux assiettes présente un motif central encadré de tiges fleuries formant une réserve. L'aile est caractéristique de Samadet avec ses deux flammèches qui émergent de la guirlande.

Présentoir á la rose, l'oeillet et le papillon, anses en asperges
Présentoir á la rose,
l'oeillet et le papillon, anses en asperges ;
à décor de grand feu polychrome

Les fleurs

Commencé sous Leclerc, le décor à la rose, à l'œillet et au papillon se développe sous Dubroca. Selon Dorothée Guillemé Brulon (Histoire de la faïence française, Bordeaux - La Rochelle, sources et rayonnement, Ch. Massin, Paris, 1998, p. 102) : " Trois types de bouquets caractérisent Samadet. Le plus célèbre se compose d'une rose manganèse et d'un œillet. Etiré, il est désaxé par rapport à la superficie de la pièce. Présentée de profil ou de face, la rose manganèse a le cœur creusé par de petites ellipses ; quant à l'œillet, il est important et repose sur un haut calice et ses pétales bien dessinés sont peints en jaune et en manganèse. Le graphisme des contours est très appuyé, la technique des fleurs cernées est mise en évidence. Ce genre de bouquet peut comporter deux roses et un œillet ou encore uniquement des roses, et s'agrémente de fleurs de pavot et d'églantine. Très souvent le vol d'un papillon équilibre cette disposition. L'émail, gras et onctueux, est de très belle qualité. Ces bouquets de roses peuvent se détacher aussi sur un fond jaune. "

Porteuse de cruche

Assiette à bord goudronné et festonné Décor en qualité fine 1750
La porteuse d'eau est sur un tertre formé par une rocaille, la maison en arrière-plan est située dans une réserve limitée par un arbre à gauche et une forêt à droite. " Cette assiette d'une qualité incomparable peut être attribuée sans aucun doute à Samadet à cause du moule, de la palette, de la typologie même du décor. Une paysanne, vêtue d'une jupe rayée et d'un caraco bleu, revient de la fontaine ; elle porte sur sa tête une cruche d'eau en poterie d'un modèle spécifique à la région, dénommée bane. Elle a ramassé du bois pour le feu et regagne la maison de ses maîtres flanquée d'un pigeonnier. " Xavier Petitcol, Les faïences de Samadet, Conférences du Musée national de Céramique, Sèvres, 7 mars 2006.
Huilier au cheval cabré
Huilier au cheval cabré, verso

Sujets en ronde-bosse (1776 - 1784)

Avant le développement de la vaisselle de table en céramique, suite à la fonte de l'orfèvrerie, les faïenciers privilégiaient les pièces de décor : statuettes d'animaux, de personnages, souvent en buste, globes, architectures miniatures diverses. L'essor de la céramique de table nécessite la création de " services " alliant l'unité de style et la diversité des sujets qui agrémentent les formes utilitaires.


Huilier au cheval cabré Décor de grand feu polychrome.
Le porte huilier polychrome représente un cavalier à tricorne montant un cheval à la robe tachetée, portant un harnais marqué d'un cœur, entouré de deux corbeilles contenant les burettes anthropomorphes. La burette de l'huile représente un visage de femme portant un bijou en pendentif ; celle du vinaigre montre un visage d'homme portant un coeur à son cou. Les bouchons sont en forme de chapeau. C'est en regardant l'arrière de la pièce que l'on s'aperçoit que le cheval, ployant sur ses jarrets, est cabré.

Fin d'époque (1789 - 1831)

Lors de la dernière décennie du XVIIIe siècle, des décors révolutionnaires sont exécutés principalement par Jean Toumieu, peintre à Samadet de 1795 à 1810.
On trouve des décors à l'ange de la Victoire, à l'urne, aux drapeaux, à la fanfare (Borredon, 1990, p. 160).
Nommé directeur en 1810, Pierre Duviella essaye de relancer la qualité. Mais des décors naïfs font poser le problème de l'origine des pièces : Samadet ou faïenceries nouvelles du bassin de l'Adour, Saint-Esprit ou Saint-Vincent-de-Xaintes ?
La production artistique de Samadet se termine avec les faïences blanches à inscriptions, datées et tracées en camaïeu manganèse, et avec les poèmes écrits et peints par Jean Victor Darricau, ancien médecin militaire qui devient le maire de la commune de Samadet.


Crédits

Commissaire : Olivier Ribeton, Conservateur du Musée basque et de l'histoire de Bayonne

L'exposition se visite dans le cadre des salles permanentes du musée consacrées au mobilier, de juin 2008 à novembre 2009 ; du mardi au dimanche de 10 h à 18 h 30, sauf jours fériés ; et tous les jours en juillet et août avec nocturne le mercredi jusqu'à 21 h 30.

Prix d'entrée : 5 € 50 (plein tarif) 3 € (réduit)

MUSEE BASQUE ET DE L'HISTOIRE DE BAYONNE
37, quai des Corsaires 64 100 Bayonne
05 59 59 08 98
Musee-basque.com

 

Informations pratiques

Musée Basque et de l'histoire de Bayonne
37, quai des Corsaires
64100 Bayonne
Tel : 33 (0)5 59 59 08 98
Fax : 33 (0)5 59 25 73 38
Courriel : musee.basque@musee-basque.fr

L'exposition est ouverte
tous les jours en juillet et août,
de 10 h à 18 h 30,
nocturne gratuite le mercredi de 18 h 30 à 21 h 30

tous les jours sauf le lundi et les jours fériés du 2 septembre au 9 novembre
de 10 h à 18 h 30

Tarifs :
Entrée comprise dans le billet d'accès aux collections permanentes : 5,5 €
Tarif réduit : 3 €
· Etudiants
· Handicapés

Groupe (à partir de 15 adultes) : 4,5 €

Gratuité :
· Premier dimanche du mois (sauf juillet et août)
· Jeunes de moins de 18 ans.
· Etablissements scolaires de Bayonne ; classes dans le cadre du module pédagogique proposé par Argitu
· Etudiants en Histoire de l'Art et Archéologique
· 3e age sur présentation de carte délivrée par la Ville de Bayonne
· Résidants Bayonnais demandeurs d'emploi ou bénéficiaires du RMI (justificatif)
· Possesseurs de cartes professionnelles de musées (conservateurs, ICOM)




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