Du 10 juillet 2026 au 10 janvier 2027 - Espaces Errobi

Wilhelm von Humboldt (1767-1835), linguiste, philosophe et haut fonctionnaire prussien, traverse le Pays Basque à l’occasion d’un voyage à Madrid en 1799. Cette découverte agit en lui comme une révélation. Pris de passion pour ce territoire, sa langue et ses habitants, il en fait l’un de ses principaux su­jets d’étude dans ses recherches sur les liens entre peuple, langue et nation. Il revient au printemps 1801 pour deux mois d’enquête et de rencontres, des deux côtés de la frontière, après avoir préalablement parcouru toutes les connaissances accumulées sur l’histoire et la langue de ce territoire. Ces deux mois d’im­mersion ont été consignées dans un récit, Die Vasken (Les Basques), publié bien après sa mort, au XXe siècle, et traduit en français pour la première fois en 2025 (publication à venir).

Les Basques est une enquête anthropolo­gique et culturelle exceptionnelle. Par sa précocité, donnant à voir un Pays Basque peu connu, bien avant les évolutions et la multiplication des représentations de la se­conde moitié du XIXe siècle. Par la précision de l’analyse d’Humboldt et par l’ampleur du panorama qu’il dresse. Par la force de son té­moignage sur la spécificité des Basques, qui associe la langue, l’histoire et les modes de vie : "La seule chose qui s’impose à l’observation et l’analyse comme incontestable et indéniable c’est que tous les Basques forment une seule et même nation". Par la fibre sensible, enfin, qui parcourt ces lignes et imprègne son regard. Un sentiment qui enveloppe tout son récit et fait de ce texte, selon les mots de Joxe Azur­mendi : "Un monument de respect et d’amour".

Un récit de voyage pas comme les autres : l’œuvre d’un précurseur

Sa rencontre avec les Basques a suscité en lui un enthousiasme puissant et durable, dont son texte porte l’écho. Charmé par cette terre, émerveillé par ses habitants, par leur histoire, leur tempérament et leur attachement à leur identité culturelle, à leur « nation », Humboldt ne fait pas de mystère de son engouement et de son affection : « Je ne saurais me flatter de parvenir à esquisser une description de la nation Basque qui ressemble à l’image qui s’en est empreinte pour toujours dans mon âme. Mais si c’était le cas ne serait-ce que partiellement, […] je serais alors parvenu à lui dresser un monument qui, bien que peu digne d’elle, correspondrait néanmoins au respect et à l’amour qu’elle m’a inspiré à un degré si élevé ! ».

Son texte constitue le premier témoignage global sur ce peuple, de part et d’autre de la frontière, la plus ancienne archive qui nous permette aujourd’hui de voir ces femmes et ces hommes dans leur quotidien et leur environnement, à l’aube du monde moderne.

Exposer une vision

L’exposition qui accompagne cette traduction porte une double ambition. D’une part faire connaître l’apport historique déterminant d’Humboldt, en s’efforçant de redessiner, à travers son regard, le visage du Pays Basque en 1800. D’autre part s’intéresser à la résonnance contemporaine de ce texte, par le biais des interprétations et lectures que peuvent en faire des jeunes aujourd’hui, qui le confrontent à leurs préoccupations et à leur expérience du territoire.
À cette fin, le choix a été fait de ne prendre en compte qu’une partie du texte, celle portant sur ses observations de terrain, et de les rassembler par commodité en quatre grandes sections : paysages et atmosphères, sites et lieux, le caractère national, les Basques au quotidien.
L’essentiel de cette matière provient des collections du Musée Basque, dont cette exposition souligne indirectement la grande richesse et la diversité. Quelques trésors ont été sortis des réserves pour l’occasion : presque toutes les éditions originales des livres compulsés par Humboldt, des manuscrits du XVIIIe siècle ou un large ensemble de dessins d’Alexandre Millin Duperreux du début du XIXe siècle. Dans ce lot figure un petit croquis à l’encre, d’apparence anodine, qui s’avère particulièrement précieux pour notre propos : une représentation de Wilhelm von Humboldt et de son épouse Caroline, de dos, lors d’une excursion à Cauterêts en 1799, juste avant leur première découverte du Pays Basque. D’autres pièces remarquables ont été sollicitées en prêt pour compléter ce panorama, dont les iconiques registres des délibérations du Biltzar du Labourd au XVIIIe siècle, des dessins de Viollet-le-Duc et des tableaux d’Alexandre Millin Duperreux.

Légende : Mairie de Toulouse - Bibliothèque municipale, Robert Batty, Valley of the Bidassoa 3 Miles above Irun, 1823, A-BATTY (2-12).

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Autour de l'exposition
 

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