L’artiste anthropologue Zoé Bray expose une sélection de portraits de membres de la diaspora basque américaine, Basée à Reno, au Nevada, elle conçoit ce projet comme une démarche visant à documenter le caractère changeant de la diaspora basque dans une région du monde emblématique : l’Ouest américain. D’un côté, une génération d’émigrés basques ayant quitté Euskal Herria à la recherche de nouvelles opportunités dans le Nouveau monde est en train de disparaître, ce qui impose une certaine urgence à ce projet. D'un autre côté, leurs descendants, nés et vivant dans l’Ouest américain, ont adapté l’identité basque dont ils ont hérité aux conditionnements de la société actuelle, transformant les perceptions de ce que ce représente de faire partie de la diaspora basque et les pratiques qui la caractérisent. L’exposition au Musée Basque montrera une dizaine de portraits. Dans le choix des sujets, l'artiste  a d’abord cherché à faire des portraits de personnes âgées et de personnes qui ont, d’une façon ou d’une autre, contribué à leur nouveau pays ou à la communauté basque. Mais ce projet veut aussi explorer ce que cela veut dire d’être à la fois basque et américain, à différents moments, et dans un monde plus globalisé.

Dans ses portraits, Zoé Bray s'efforce de rendre visible la singularité de chacun de ses sujets. Elle utilise les techniques traditionnelles du portrait peint telles qu’elles ont été développées au 19ème siècle (et qu'elle a apprises pendant mes études en Italie), mais avec une approche contemporaine. Le portrait alors était généralement soit un moyen pour les membres des classes privilégiées d’affirmer leur prédominance, soit une façon de documenter « l’autre », par exemple les représentants de populations perçues comme « primitives ». Dans son approche, elle cherche à explorer la façon dont nous nous voyons et nous nous représentons dans une ère supposément postmoderne et postcoloniale.

Méthodologie

Le but de Zoé Bray en tant qu’artiste n’est pas simplement d’obtenir une ressemblance mais de transmettre une sensation de connexion humaine. Pour cela, peindre le sujet en direct est indispensable, pendant plusieurs heures, et même parfois plusieurs jours. Un portrait de grandeur nature nécessite au moins quatre jours de pose au rythme de deux ou trois heures par jour.

Les séances de pose ont souvent lieu chez la personne, là où elle se trouve à l'aise, ou dans son atelier. Dans ce processus de travailler ensemble, le peintre et son modèle apprennent à se connaître. Loin des distractions sociales habituelles, ils  s' engagent en face à face.

En tant qu’artiste, son objectif  est aussi de réfléchir à la manière dont on représente la diaspora basque. En tant qu’anthropologue, elle veux contribuer à la documentation de la diaspora basque dans l'Ouest américain en menant une réflexion sur les façons dont ses membres s’identifient et se présentent dans divers environnements.

En partenariat avec l’Institut culturel Basque et Eusko Ikaskuntza. Salle Xokoa, entrée libre

Témoignage de l'artiste : La genèse du projet

" En 2011, je suis partie vivre aux États-Unis, au Névada. Un siècle plus tôt, mon arrière-grand-père maternel avait aussi quitté le Pays basque, comme beaucoup d’autres à l’époque, pour travailler comme berger dans cette région. Dans mon cas, j’y allais pour prendre un poste de professeur en art et anthropologie au Centre d’études basques de l’université de Reno. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de la diaspora basque dans l’Ouest américain, à ceux qui, comme mon aitatxi, émigraient, et à ceux des générations suivantes qui, tout en étant citoyens américains, ont gardé leurs attaches basques d’une manière ou d’une autre.

J’ai commencé mes portraits de Basques américains en peignant celui de Marie-Louise Lekumberry, co-propriétaire avec son frère d’un restaurant basque à Gardnerville, que j’avais connue lors de mon premier ‘picnic Basque’, la fête annuelle qui réunit les Basques des alentours. Marie-Louise a posé pour moi dans mon atelier à Reno. Ensuite, toujours à Reno, j’ai connu l’artiste Joan Arrizabalaga, qui m’a invitée chez elle, où j’ai fait son portrait.

Ces rencontres m’ont invitée à réfléchir davantage sur la signification du vécu personnel pour l’identité (y compris la mienne). En janvier 2018 (après quatre ans partie travailler à Jérusalem), je suis revenue au Nevada afin de participer au festival de poésie de l’Ouest américain, le Elko Cowboy Poetry Gathering, qui avait cette année comme thème principal la culture basque. Là, j’ai dessiné les portraits de Ana Mari Arbillaga et Kiaya Memeo, deux personnalités de générations différentes de la communauté basque d’Elko. Ana Mari, partie en 1960 de son village en Bizcaye, est une des figures clefs de la communauté basque d’Elko, où elle a fondé le groupe de danses basques Elko Ariñak. Kiaya est l’arrière-petite-fille des fondateurs du célèbre hôtel The Overland qui accueillait les bergers basques à Elko, et elle explore de nouvelles expressions de la danse basque, s’inspirant des danses traditionnelles qu’elle a apprises avec Elko Ariñak.

Au cours des mois suivants, j’ai connu d’autres personnes d’origine basque, de différents âges, vivant au Nevada. J’ai ainsi pu faire les portraits, entre autres, de Kate Camino, l’administratrice du Centre d’études basques, du bertsulari Jesus Goñi et de l’aizkolari Stephanie Braña.

Tout au long de l’année 2019, je continue de rencontrer d’autres Basques de l’Ouest américain et compte produire au moins quatre portraits de plus. Par exemple, mon prochain rendez-vous fixé en janvier est avec John Ascuaga, proprietaire du Casino Ascuaga’s Nugget à Reno-Sparks et désormais à la retraite sur son ranch à coté de Carson City. "